Il fait beau, il fait chaud et j’ai soif…vraiment soif!

L’été précédent mon diagnostic, j’avais déjà des symptômes bien installés. Mon plus gros : j’avais la gorge tellement sèche que j’avais l’impression que j’y abritais un désert. Je buvais TOUT LE TEMPS. Ça a l’air que ça aurait dû m’alarmer. Pour moi, il n’y avait rien d’anormal là-dedans, il faisait tellement chaud!

Mon chum commençait à me trouver bizarre: je passais par toute une gamme d’émotions à la vitesse de l’éclair. J’imagine que c’était le résultat de mes glycémies (ben quoi, j’ai une excuse, je ne me gênerai pas pour m’en servir!).

Le magnifique Lac St-Jean par une chaude journée de l’été 2010.

Alors voilà que par une belle journée ensoleillée, on part marcher dans notre quartier. Il fait chaud, pis j’ai soif. On n’est pas très loin de la maison, mais on est encore plus près de l’épicerie. J’ai une envie intense d’arrêter y acheter une bouteille d’eau. Mon chum m’invite gentiment à attendre pour boire un grand verre d’eau à la maison, me rappelant qu’on n’est pas au bout du monde. Je n’ai pas envie de l’écouter, je n’ai qu’un objectif en tête : boire tout de suite maintenant une bouteille d’eau. Le hic : je n’ai pas apporté mon porte-monnaie! Je lui demande donc s’il peut m’acheter la fameuse eau dont je rêve tant. Il ne formule pas un refus clair, mais je vois dans son visage qu’il ne comprend pas l’urgence alors je me résigne à attendre notre retour au bercail, sans pour autant me gêner pour éclater en sanglots tout en gémissant à quel point j’ai soif jusqu’à la maison. Je pense que mon chum a pensé cette journée-là que j’étais devenue folle. Un coup rendue à notre domicile, je pense avoir bu la moitié du St-Laurent, sans exagérer! Heureusement, l’explication à mon état n’a pas tardé à arriver.

Plusieurs souvenirs me reviennent en tête à propos des symptômes ressentis à l’époque. J’ai commencé mon Barreau en août, tout juste un mois avant de recevoir mon diagnostic. J’avais honnêtement la concentration d’un petit pois, c’est donc dire AUCUNE! J’étais assise dans une classe et c’est pas mal tout ce que j’y faisais, être assise! Non, en fait, j’y buvais de l’eau aussi, beaucoup beaucoup d’eau et ma vessie n’attendait jamais les pauses pour réclamer d’être vidée. Le scénario idéal comme vous voyez.

J’avais toujours l’impression d’avoir faim. Je m’empiffrais de sucreries (j’en avais toujours envie) et pourtant, je perdais du poids. Moi qui ai toujours eu la dent sucrée, j’y trouvais à quelque part mon compte. Il y avait tout de même cette voix dans ma tête qui me disait que quelque chose clochait. Il faut dire que j’avais souvent des étourdissements en mangeant, même lorsque je dévorais une banane. Rien de plus normal, n’est-ce pas?

Puis, il y a eu le diagnostic qui est venu expliquer tous les désagréments vécus dans les mois précédents. Suite à celui-ci est venue la phase de l’apprentissage. Je me suis absentée à plusieurs reprises de l’école pour des rencontres à l’hôpital. J’ai poursuivi ma formation professionnelle en parallèle. J’ai fait de mon mieux et c’est avec étonnement que j’ai appris que j’avais réussi les examens. J’étais tellement convaincue d’échouer que dès ma sortie de la salle d’examen, j’étudiais déjà en prévision de la reprise!

Ma formation professionnelle terminée, j’entrais enfin dans le milieu du travail. Les horaires atypiques et le stress étaient maintenant bien présents dans ma vie. J’ai rapidement compris que pratiquement tout influence la glycémie, ce qui s’avère parfois un défi considérable! Ça adonne bien, j’adore ça les défis!

C’est là que j’ai réalisé que même si je n’étais plus sur les bancs d’école, je devrais constamment m’instruire et faire le nécessaire afin de bien vivre avec ma nouvelle réalité. Vive la formation continue!

La synchronicité dans l’adversité

Mon frère aîné et moi avons toujours eu une relation particulière. Tout d’abord, sachez que je suis venue au monde le jour de son premier anniversaire. Oui, oui, vous avez bien lu! Le 31 janvier 1986, j’ai été son tout premier cadeau d’anniversaire. Ayant des personnalités très différentes, la date de fête et le signe astrologique sont probablement les seules choses que nous avons d’identiques.

Comme probablement tous les frères et soeurs sur cette Terre, nous nous sommes chamaillés étant enfants. Mon frère étant très imaginatif, tous les moyens étaient bons pour me faire crier, au grand dam de mes parents!

Puis, on a vieilli. Mon frère a toujours été là pour moi et vice versa. Ma mère a même trouvé cela pénible à plusieurs occasions, car nous avions l’art de protéger l’autre quand il faisait un mauvais coup. On faisait une bonne équipe!

À chaque année, il avait ce don de m’écrire une carte à Noël où il m’arrachait des larmes, me disant à quel point j’étais importante pour lui. À chaque année, nous avons célébré notre anniversaire ensemble. Nous avions de nombreux amis communs et étions souvent ensemble.

Puis, nos vies ont changé. On a choisi des villes différentes, des vies différentes. Malgré cela, nous sommes restés plus unis que jamais. Puis, mon frère s’est rapproché de moi en venant vivre, lui aussi, à Québec. L’avenir s’annonçait tellement beau.

Vous vous souvenez, je vous ai dit que l’année 2010 avait été plutôt éprouvante pour ma famille (cliquez ici pour lire le texte en question). L’année avait pourtant bien débuté avec la naissance de mon filleul puis, petit à petit, les choses se sont gâtées. En mars, quelques jours après sa naissance, il a dû être opéré à coeur ouvert. C’était le début de plusieurs mois de combats pour lui. En août de la même année, je débutais mes études au Barreau, l’étape finale afin de pouvoir réaliser mon rêve d’être avocate.

Je faisais de mon mieux pour accompagner mon frère dans l’épreuve qu’il vivait tout en cheminant dans mon programme scolaire. J’avais commencé à avoir des symptômes bizarres: fatigue, perte de poids, anxiété, sautes d’humeur et j’en passe. Avec tout ce qu’il y avait dans mon assiette alors, j’ai d’abord cru que c’était le stress qui m’occasionnait tous ces désagréments, ce qui explique pourquoi j’ai tardé avant de consulter. Toujours est-il que, lorsque j’ai reçu mon diagnostic de diabète de type 1, j’ai appelé mon frère pour lui raconter ce qui m’arrivait. Je me souviens que peu de temps après, il est venu faire un tour chez moi et me disait présenter les mêmes symptômes que les miens. Il y a une petite lumière rouge qui s’est allumée dans ma tête. J’ai saisi mon glucomètre et ai pris sa glycémie. Roulement de tambour….sa glycémie était tellement haute que mon glucomètre ne pouvait me donner un résultat! Il s’est donc dirigé à l’urgence où il a reçu, lui aussi, un diagnostic de diabète. On a tout de même été chanceux dans notre malchance puisque le coma n’était certainement pas très loin avec le taux de cétones qui se trouvait dans notre corps!

On n’est pas de «vrais» jumeaux, mais il faut croire que l’on avait envie de faire pareil! Peut-être au fond que la vie a été bienveillante pour nous afin de faire en sorte que nous ne soyons pas seuls dans cette aventure habituellement si solitaire. Comme pour dans notre vie en général, nous vivons notre quotidien à titre de diabétique de manière si différente, mais je sais que je peux compter sur son support si jamais les choses ne tournent pas rond pour moi.

C’est à mon tour aujourd’hui d’écrire pour dire à quel point tu es important pour moi, je t’aime mon frère!

Pour en savoir plus:

Les causes du diabète de type 1 sont encore méconnues. Il est donc impossible pour le moment d’en prévenir l’apparition. La maladie est causée par la destruction par le système immunitaire des cellules du pancréas responsables de la production d’insuline.

Les cas de diabète de type 1 représentent environ 10% des cas de diabète diagnostiqués.

Des analyses ont toutefois permis de constater que les parents au premier degré (parents, enfants, frère et sœur) ont 10 fois plus de chances de développer le diabète de type 1 que le reste de la population.

Source: Gouvernement du canada, Le diabète au Canada : Perspective de santé publique sur les faits et chiffres (2011), en ligne.