Le diabète ne dort jamais

J’ai parfois l’impression que le diabète est comme les chats et qu’il vit la nuit! Le jour, c’est généralement sous contrôle. Quand il se passe quelque chose d’extraordinaire, j’ignore pourquoi, mais c’est toujours lorsque le soleil est couché que ça arrive.

Dans le cadre du mois de la sensibilisation au diabète, j’ai publié plus tôt cette semaine des chiffres qui démontrent l’implication qu’a eue le diabète sur ma vie depuis mon diagnostic en 2010. Entre autres, j’y indiquais que durant ces 2604 jours à vivre avec la maladie, les heures de sommeil perdues étaient estimées à 1484 heures. Vous vous demandez comment c’est possible? À titre d’exemple, je vous raconterai une «aventure» survenue pas plus tard que dans la nuit de mercredi à jeudi et qui démontre bien que même si on dort, le diabète, lui, veille au grain.

Mercredi soir, je suis allée courir. Au retour, je réalise que mon réservoir d’insuline est pratiquement vide et qu’il est grand temps de changer mon cathéter (ce que je fais environ aux 3 jours pour diminuer les risques d’infection). Je me lance donc là-dedans, de la même manière que je le fais à toutes les fois. Ma glycémie est super belle lorsque je me couche et en plus je suis vraiment zen après la petite sortie de course que je viens de faire. Je me dis que c’est dans la poche, j’aurai définitivement une bonne nuit (j’étais dans l’erreur, inutile de garder le suspense plus longtemps!). Je prends soin de diminuer un peu mon débit basal d’insuline (qui sert à couvrir les besoins de base de mon corps) afin de compenser pour le sport que je viens de faire et qui, je le sais, risque de faire baisser ma glycémie.

Je m’endors en deux temps trois mouvements. Quelques heures plus tard, ma pompe se met à vibrer pour m’indiquer que ma glycémie est trop haute. Quelle ne fut pas ma surprise, car si j’avais eu à prendre un «guess», jamais je n’aurais pensé faire une hyperglycémie après mon jogging tardif! Et ce n’était pas qu’une petite hyperglycémie, ma glycémie s’élevait à 22! C’est vraiment haut… Disons sans entrer dans les détails que pour une glycémie à jeun, je me serais davantage attendue à un résultat situé entre 4 et 6. Par contre, comme je suis dans une période d’ajustement et que la veille, ma glycémie avait grimpé pendant la nuit aussi, je n’ai pas pensé sur le moment que quelque chose d’anormal était en train de se produire.

Ma pompe me suggère une dose d’insuline pour faire redescendre le tout. Je m’empresse d’acquiescer à la suggestion pour mieux me recoucher et poursuivre ma nuit. Deux heures plus tard, ma pompe vibre pour m’informer à nouveau d’une hyperglycémie, le chiffre affiché à l’écran dépasse à cet instant le 22 de glycémie. Wow! Je n’y comprends toujours rien, car malgré la dose d’insuline que je me suis donnée plus tôt, ma glycémie n’a fait que monter. Ce que je sais, c’est que je ne me sens vraiment, mais vraiment pas bien. Je suis frissonnante, j’ai mal à la tête et au coeur. Je connais trop bien ces symptômes pour les avoir eus au moment de mon diagnostic, en 2010: mon taux de cétones a dû monter en flèche en raison de ma glycémie élevée sur toute cette période de temps (c’est un phénomène courant dans ces circonstances, le corps se met en «état d’urgence» puisqu’il manque d’insuline. Il puise dans les réserves de graisse pour trouver de l’énergie puisqu’il n’arrive plus à en faire avec le glucose. L’accumulation de cétones est toxique et peut être dangereuse). Je réveille donc mon conjoint, car j’ai les idées embrouillées et j’ai besoin d’aide pour gérer la situation. Il descend au rez-de-chaussée et me rapporte l’appareil qui me permet de calculer mon taux de cétones. Il me donne le résultat suivant: 1.9! C’est un chiffre qui fait drôlement peur puisqu’il est beaucoup trop élevé. La panique s’empare de moi car je sais trop bien qu’à un certain stade, le coma (par acidocétose diabétique) peut arriver et je crains de m’en approcher dangereusement.

On met donc en branle le plan d’action approprié dans ce genre de situation: calcul d’une dose de correction et injection manuelle d’insuline à l’aide d’une seringue (c’est la méthode la plus sûre afin de s’assurer que je reçoive bel et bien une dose d’insuline), en plus de recontrôler dans 1 heure pour s’assurer que mes cétones ont diminué, ainsi que ma glycémie.

Je change de plus tout le matériel de ma pompe, installé plus tôt en soirée. C’est là que je comprends ce qui vient de se passer: la canule de mon cathéter était pliée et l’insuline ne pouvait plus passer adéquatement! C’est donc dire que je ne recevais pas ou très peu d’insuline depuis l’installation de mon cathéter.

Comment c’est arrivé? Je n’en sais rien et je ne le saurai jamais. Ce que je sais, c’est que je suis grandement reconnaissante de pouvoir me payer le «luxe» du capteur de glucose en continu, qui veille sur moi le jour comme la nuit. Sans lui, je ne sais pas comment les choses auraient tourné. Est-ce que j’aurais fini par me réveiller par moi-même? J’aime mieux ne pas trop y penser. Quoiqu’il en soit, je remercie la Vie (et la technologie!) d’être encore ici pour vous écrire ce texte.

C’est avec des histoires comme celle-là qu’on comprend un peu mieux comment j’ai pu perdre 1484 heures de sommeil sur 7 ans, soit une carence de près de 18h de sommeil par mois et presque 4.5 heures par semaine.

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